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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

S'il vous plaît, que cela ne se répète pas.
S'il vous plaît, que cela ne se répète pas.
Communiqué de presse
 
Paris, le vendredi 4 septembre 2015
 
C’est avec une très profonde tristesse que la Conférence des évêques de France a accueilli la nouvelle de la découverte de la dépouille d’Aylan, 3 ans, sur une plage turque.

Les images de cet enfant ont suscité une vive émotion compréhensible et partagée. Cette émotion est aussi celle provoquée par la mort du frère d’Aylan (5 ans) et de leur mère, eux aussi retrouvés sur la plage turque parmi les 11 personnes ayant péri dans ce naufrage.

Et cette émotion est aussi celle des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants morts durant leur exode vers un monde meilleur que leur propre pays.

En juillet 2013, face au drame de Lampedusa, le pape François s’était déplacé « pour réveiller nos consciences pour que ce qui est arrivé ne se répète pas ».

« S’il vous plaît, que cela ne se répète pas ! » avait-il martelé, ajoutant, « la mondialisation de l’indifférence nous rend tous « innommés », des responsables sans nom et sans visage ».

Aujourd’hui, cela se répète….

Nous le savons, la situation est complexe puisque les États ont le droit et le devoir de réguler les flux migratoires dans leur pays. Cependant le Pape François le rappelait lui-même devant les parlementaires européens lors de sa visite à Strasbourg en novembre 2014, l'Union européenne doit offrir "aide et accueil" 
aux migrants clandestins qui affluent à ses frontières. Des moyens supplémentaires, des actions nouvelles, dépassant les égoïsmes et les peurs doivent être déployés au plan européen.

C’est aussi à tous les niveaux de notre société que cette mobilisation doit se produire, au plan national, au plan local comme d’un point de vue individuel.

Ainsi, tout en soulignant l’action de nombreuses personnes qui s’engagent déjà pour sauver et aider les migrants, la Conférence des évêques de France tient aussi à appeler tous les catholiques et hommes de bonne volonté à apporter leur soutien et à ouvrir leur cœur vers leurs frères afin que leur errance vers une meilleure vie ne les amène plus à la mort.

L’image du petit Aylan nous fait prendre un peu plus conscience de la réalité des drames vécus par les migrants. Dieu nous parle à travers ces évènements et éveille notre conscience. Dans la prière, il nous faut en déchiffrer la signification. En de nombreuses églises, dimanche 6 septembre, les catholiques prieront.

Enfin, l’image d’Aylan nous renvoie à notre propre société et pointe ses égoïsmes, ses dysfonctionnements et ses fragilités. Elle doit nous appeler à un sursaut individuel et collectif. C’est l’accueil de la personne vulnérable, des plus pauvres, des migrants qui sauvera notre société.

« Nous ne sommes plus attentifs au monde dans lequel nous vivons… Nous ne prenons pas soin de ce que Dieu a créé pour tous et nous ne sommes plus capables non plus de prendre soin les uns des autres. Et quand cette désorientation prend les dimensions du monde, on en arrive à des tragédies comme celle à laquelle nous avons assisté. » Pape François, Lampedusa, juillet 2013

Mgr Renauld de Dinechin
Évêque auxiliaire de Paris
Responsable de la pastorale des migrants au sein de la Conférence des évêques de France



 
CONTACT-PRESSE :
CEF relations médias : 06 26 12 65 07
58, avenue de Breteuil – 75007 Paris – www.eglise.catholique.fr
 
 

"J'ai honte" déclare Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

« J’ai honte ! »

En regardant la photo du petit Aylan (3 ans) rejeté par les vagues sur une plage de Turquie, image qui nous jette en pleine figure le scandale de notre égoïsme, j’ai honte !

Honte de la presse française qui contrairement à la presse européenne a ignoré cette photo.

Honte de mon pays, la France, qui à plus de 50 % de sa population refuse l’accueil des exilés.

Honte de certains politiques qui tiennent des propos inqualifiables lorsqu’ils parlent de « ces gens-là ! » comme ils les désignent avec mépris.

Honte des chrétiens prompts à descendre dans la rue pour d’autres causes mais semblent ignorer cette tragédie. Mais qu’est donc devenue la Manif pour tous ? Si elle est pour tous elle aussi pour les migrants !

Honte de moi-même qui pousse ce cri pour ne pas être complice de cet assourdissant silence.

Honte de notre génération qui refuse de reconnaître que notre continent récolte aujourd’hui ce qu’il a semé hier !

Alors, chrétiens réveillons-nous, sortons de notre torpeur, c’est le Christ que l’on crucifie une nouvelle fois dans la mort de cet enfant.

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

Facile de s'indigner derrière un écran. Mais il faut parler. Et cela engage

 

 

     Prière sur la mer Méditerranée

 

 

Eric Emmanuel Schmitt : l'oubli de notre faiblesse

 

« Naître quelque part est toujours un hasard » dit la chanson de Maxime Le Forestier. 
Les migrants qui fuient leur pays d’origine sombré dans le chaos, en cherchant sur terre un lieu pour vivre, travailler et aimer, nous rappellent la fragilité de notre naissance. Ils interrogent notre identité. Ils nous disent : « ce pourrait-être toi à ma place ». Ce que tant de gens ne veulent pas entendre…
Depuis hier, une photographie bouleverse pourtant les cœurs du monde entier, celle du petit Aylan Kurdi, trois ans, dont le cadavre a échoué sur la plage de Bodrum. Tendre, frais, mignon, il incarne l’enfant qu’on veut protéger, prendre dans ses bras, conduire à son avenir. Hélas, il n’aura d’avenir que sa tombe, sur laquelle ni sa mère ni son frère ne le pleureront car ils ont aussi péri durant le naufrage. Seul le père a survécu, inconsolable, dévoré à jamais par la tragédie de son impuissance. 
Je ne suis pas choqué que cette image ait circulé – quoiqu’il y ait là transgression de la règle voulant qu’on ne montre pas les cadavres. Ce qui me choque, ce sont bien plutôt les évènements à l’origine du drame, la violence qui sévit au Moyen Orient, les vols, les viols et les massacres qui poussent des familles à embarquer sur une coquille de noix. Quand les Etats de droit réagiront-ils ? 
L’image d’Aylan incite également les nations à réfléchir à l’hospitalité, cette vertu ancienne qui fut pratiquée par nos ancêtres durant des siècles. Autrefois, on se faisait un devoir d’accueillir le voyageur, le fuyard, le banni. Non, il ne s’agissait pas de pure bonté, plutôt de solidarité, c’est-à-dire d’intérêt bien compris : personne n’était sot au point de croire qu’il vivait dans un monde suffisamment solide, juste, stable, pour maintenir la paix et l’équité. Inquiets, nos ancêtres se doutaient qu’un jour ils prendraient peut-être la place de l’homme précaire… Ils prenaient donc soin de celui-ci en comptant que lui et son semblable prendraient plus tard soin d’eux.
Avons-nous perdu la mémoire ? Sommes-nous à ce point ignorants de l’Histoire ? Où avons-nous puisé l’illusion que nous vivons dans un monde solide comme un roc ? Où avons puisé l’illusion que nous échapperons toujours aux massacres, aux tueries, à l’arbitraire, à la force barbare ? 
Cette illusion nous rend égoïstes, suspicieux envers celui qui vient d’ailleurs – il nous dérange au lieu de nous mobiliser ! Cette illusion entame notre humanité.
Restons lucides.
Ce n’est que dans le sentiment de notre fragilité que nous trouverons la force de tendre la main à celui qui est encore plus fragile.

 

Colère, tristesse et indignation : la réponse des artistes du monde entier à l'horreur

 

 

Prions pour Les migrants et les réfugiés persécutés