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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

PRÉSIDENTIELLE : LETTRES AUX ÉLECTEURS CHRÉTIENS (1/10) Face aux inquiétudes des chrétiens avant le second tour de la présidentielle, « La Croix » a sollicité le point de vue de dix personnalités intellectuelles chrétiennes.

Erwan Le Morhedec (Koz), avocat, auteur du blog koztoujours.

Chaque vote est un compromis et tout compromis est, toujours, douloureux. Se déterminer pour le premier tour en était un premier. Pour 55 % des Français, il faudra encore transiger avec ses convictions.

Pour près de 70 % de catholiques pratiquants réguliers qui n’ont voté ni pour Emmanuel Macron ni pour Marine Le Pen au premier tour (La Croix du 25 avril 2017), et qui tiennent la Vérité en haute estime, l’exercice tourne à l’épreuve. Nos familles et nos amis se divisent, les tensions affleurent.

Comment transiger, lorsque l’on veut « que son oui soit oui et que son non soit non » ? Comment transiger quant à l’indécision se mêle le légitime ressentiment d’avoir, comme catholiques, servi d’épouvantails, de repoussoirs, à certains ?

Le secours de l’Église est relatif, quand elle ne nous donne que des critères de discernement. Quand se disperse l’illusion du recours à des « principes non-négociables » : énoncés par le cardinal Ratzinger en 2002, ils sont au nombre d’une demi-douzaine – dont la liberté d’éducation, la protection de la vie, la défense de la famille, ainsi que la liberté religieuse, une économie au service de la personne et du bien commun et, au bout du compte, la paix. La paix. Rien de moins.

L’Église ne fournit pas le détail des mesures pratiques d’application, ni de coefficient pondérateur. Reste la conscience, personnelle. Reste le cœur de chacun. Reste cet enseignement manifeste : un vote ne peut porter sur un unique critère. Pas plus que l’un quelconque des onze candidats initiaux, Emmanuel Macron ou Marine Le Pen ne satisfont pleinement à la doctrine sociale de l’Église, ni ne portent l’Évangile. Il faut d’ailleurs évacuer cet espoir du champ de nos discernements politiques. Aucun politique n’y satisfera jamais et l’évolution de notre société peut même laisser craindre qu’à l’avenir, ils y satisfassent moins encore.

« À huit jours d’un deuxième tour, il n’est plus temps de regretter »

Les faiblesses d’Emmanuel Macron sont connues : s’il a affirmé qu’il n’agirait pas prioritairement sur les sujets sociétaux, son entourage et son tropisme personnel n’incitent pas à l’optimisme. Sa vision libérale-libertaire fera vraisemblablement primer droits et désirs individuels sur la réflexion éthique. Son niveau de conscience des enjeux de sécurité n’est guère convaincant. Et sa vision de la France est bien évanescente, quand son expression n’est pas maladroite. Mais on peut lui reconnaître une volonté de donner un nouveau dynamisme au pays, ce qui voisine avec l’espérance, et de promouvoir un rassemblement dont la France a bien besoin, et qui cousine avec le bien commun. C’est peu.

C’est peu mais il y a en face Marine Le Pen et le Front National. L’inefficacité de la seule condamnation morale, la crainte de sembler fustiger ses électeurs et mépriser leurs inquiétudes légitimes, ont conduit le monde politique comme ecclésial à ne plus oser décrire ce parti pour ce qu’il est.

À huit jours d’un deuxième tour, il n’est toutefois plus temps de regretter, même si c’est juste, que l’on n’ait pas apporté les réponses de fond nécessaires. Il n’est pas suffisant non plus de porter son attention sur son seul programme.

Ne nous y trompons pas : que la bioéthique et la famille soient fondamentales pour nous ne signifie pas qu’elles soient centrales pour Marine Le Pen. La famille lui a paru suffisamment accessoire pour qu’elle ne juge pas utile de se déplacer quand d’autres étaient dans la rue, pour ce qu’elle qualifiait de « diversion ». Et si son programme économique augure d’un chaos qui nuira à tous les Français, du plus aisé au plus modeste, ce n’est pas lui qui nous fait adresser notre propre « non possumus ».

La « dédiabolisation » du FN, une efficacité remarquable

Le Front National a mené un travail de « dédiabolisation » d’une remarquable efficacité quand il laisse penser que le décrire seulement, c’est déjà le diaboliser. Car, sous la façade présentable et la communication rajeunie, c’est toujours le même parti qui prospère. Loin de se modérer, il s’est radicalisé ces dernières années.

Des leaders identitaires autrefois exclus du parti par Marine Le Pen car trop « ultras », développant des convictions « ethnicistes » (comprendre « racistes ») sont aujourd’hui des élus, des cadres, des collaborateurs.

Des historiques du GUD sont récemment devenus élus de la République sans avoir rien renié de leurs idées, et méthodes. Chaque scrutin s’accompagne de « dérapages » de candidats frontistes, et le parti s’engage si souvent à exclure de prétendues « brebis galeuses » que le troupeau paraît bien atteint. Et l’on vient même de voir resurgir les déclarations négationnistes du tout nouveau président par intérim du parti ?

Si d’autres partis ont leurs incohérences, le Front National, lui, vit sur une contradiction à l’Évangile, et elle est fondatrice du parti : c’est le rejet de l’étranger, source de tous les maux. Alors, au risque de heurter la conscience chatouilleuse de mes frères, catholique, je ne peux imaginer fournir une complicité même passive, même indirecte, par un vote blanc, à ces thèses.

Songeons encore à cette paix qu’évoquait le cardinal Ratzinger en 2002. Une paix qui nous permettra d’agir encore, de tenter de nouveau de convaincre au quotidien, sur nos sujets d’attention.

Une paix qui sera impossible si nous laissons passer le chaos, si nous ne sommes pas clairs sur nos positions. Et rappelons-nous encore Saint Paul, à Timothée : « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, de pondération et d’amour. »

 

Repères

Erwan Le Morhedec

Avocat, auteur du blog,marié et père de quatre enfants, Erwan Le Morhedec, 41 ans, est plus connu sous son pseudonyme, Koz.

Il est l’auteur du blog koztoujours créé dès 2005 après l’échec du référendum sur la Constitution européenne. Politiques au départ, les billets abordent de plus en plus souvent le thème de la foi, de l’engagement.

Dans Identitaire. Le mauvais génie du christianisme (Cerf, 169 p., 14 €), paru en janvier, il alerte sur les dangers du repli identitaire qui guette certains jeunes catholiques.

Source :