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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

photo mgr Dupleix Mgr André Dupleix

Recteur honoraire de l'I.C. de Toulouse
Professeur à l'Institut Catholique de Paris


16/ De la justice au lynchage

 

Notre société connaît ces derniers temps des événements qui, certes de nature différente, mettent au premier plan de l’actualité des hommes coupables d’actes graves, voire très graves, mais qui, au-delà de l’indignation ou de la colère suscitées, peuvent entraîner des réactions en chaîne dépassant les seules condamnations pour aller jusqu’à une véritable destruction morale des personnes.

 

Lorsque ces faits concernent le monde politique, qui n’est pas la seule institution menacée par les dérives, faut-il pour autant que soient utilisés des termes, amplement relayés par les médias, doublant parfois de manière irréversible le travail normal de la justice et relevant d’une forme de lynchage ?    

 

Comprenons-nous bien : je reconnais objectivement l’extrême gravité de certaines fautes accentuée par le statut moral de ceux ou celles qui les commettent, brisant ainsi d’un coup la confiance légitime qui leur était faite. Mais lorsque la justice suit  normalement son cours et que des sanctions sévères et méritées sont envisagées, faut-il nécessairement en rajouter en rabaissant excessivement les personnes ? Comme si, subitement, ceux qui sont de l’autre côté de la barrière, s’érigeaient en juges parfaitement intègres et impartiaux.

 

S’il est vrai qu’aucune police au monde ne peut protéger un homme assassiné dans des milliers de cœur, n’est-il pas possible d’éviter, tout de même, certaines descentes dans l’abîme ?

 

C’est dans ce contexte que le qualificatif d’impardonnable me semble tirer un trait rapide sur les possibilités que garde chacun d’avoir jusqu’au bout une chance, fût-elle infime, de se reconstruire. On ne pourra pas me reprocher de citer ici l’emblématique réplique de Jésus : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » (Jn 8,5).  

 

 Je pense à ces paroles d’Armand Abécassis, lors d’un colloque sur le pardon : « Ainsi il ne peut y avoir de pardon que de l'impardonnable. Ainsi l'inouï, le pardon, répond à l'inouï, l'impardonnable.   Ainsi l'expérience du pardon est surhumaine, surnaturelle, car il n'est justifié ni par la raison ni par la justice ni par l'histoire. Il les dépasse, puisqu'il ne peut être que l'expression de l’amour. »