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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

26/ Gérer les seuils

 

Chaque franchissement d’un seuil, quel qu’il soit, relève un peu de l’équilibre. Et nous pouvons difficilement faire le passage sans que s’imposent à notre regard ou à notre cœur bien des évènements du passé. Il est inévitable qu’à l’instant où nous avons toutes les raisons de regarder devant, s’insinue subrepticement un attachement réducteur à ce qui a été vécu jusque là.

 

Et l’on a beau se dire que rien ne se construit vraiment sans quelques formes de séparation ou de distanciation, l’effort n’en est pas moins éprouvant lorsque survient l’heure du passage vers autre chose, que ce soit une nouvelle orientation de vie ou un déracinement matériel, plus simple en apparence et moins risqué.

 

Mais comment ne pas songer alors à tant d’hommes et de femmes, de part le monde ou plus près de nous, qui sont de perpétuels désinstallés et qui n’ont pas, n’ont plus ou n’ont jamais eu de demeure fixe ? Ceux et celles qui n’ont pas le luxe de pouvoir gérer les seuils à leur guise ou ne sont pas aidés pour le faire…

 

Certes, cette pensée n’apaise pas pour autant la souffrance ressentie, mais cela nous permet au moins de mettre les nuances nécessaires et de relativiser ce qui pourrait trop vite, et de manière disproportionnée, obscurcir notre horizon immédiat. De plus, cet exercice de vérité – fidèle à ce que nous disions précédemment du Carême – peut nous aider à éviter une nostalgie dominante, voire un encombrement de l’esprit par tant de souvenirs, qui seront pourtant d’autant plus fertiles dans notre existence présente que l’on ne s’y accrochera pas…

 

Je pense souvent à ces paroles exigeantes de Jésus : "Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le Royaume de Dieu." (Lc 9,62). Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’un regard en arrière empêchera de poursuivre la route. Il nous arrive de percevoir dans le passé bien des raisons que nous avons de croire en l’avenir. Mais toutes les traces, tous les signes, auxquels  nous sommes parfois trop attachés, pourront être aussi porteurs d’espérance et nous aideront à regarder devant. 

 

L’amour véritable ne regrette ni ne craint le passé. Il l’éclaire autrement et nous permet d’autant mieux de gérer les seuils…