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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

Congrès APEL 2012

 

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Les parents de l’enseignement privé veulent changer l’école

Face à un système éducatif qui leur semble à bout de souffle, l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel) interpelle politiques et citoyens sur l’urgence d’inventer l’école de demain.

 

«  Heureux à l’école, une idée folle ? » Tel est le titre un peu provocateur du congrès des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel), qui se tiendra le week-end prochain à Clermont-Ferrand… Face au nombre croissant d’élèves qui s’ennuient, se démotivent, décrochent, l’association a en effet décidé de réagir. « Les parents ont souvent le sentiment que leurs enfants ne sont pas très heureux à l’école, souligne sa présidente nationale, Béatrice Barraud. Si on leur pose la question, la plupart vont dire qu’ils le sont plutôt, car ils sont contents d’y retrouver leurs copains. Mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit qu’ils subissent souvent les apprentissages. Nous sommes convaincus qu’on peut apprendre avec bonheur, à condition de changer les méthodes. »  

Alors que la société et les élèves ne sont plus les mêmes, l’école est restée sur des schémas très archaïques : apprendre et restituer, devant un enseignant seul maître à bord dans une classe fermée. « Je suis frappée de voir quels égards on prend vis-à-vis des formations continues pour adultes,  poursuit Béatrice Barraud : on y emploie des pédagogies dynamiques, en petits groupes… Est-ce qu’on accepterait de rester toute la journée en rang derrière un bureau à écouter l’enseignant ? Pourquoi inflige-t-on à nos enfants des pratiques que nous ne voudrions pas subir nous-mêmes ? »  

« Les “bons” élèves arrivent à s’en sortir. En revanche, l’école ne sait pas faire avec ceux qui n’entrent pas dans le formatage exigé, ne sait pas tirer parti des compétences de chacun ; l’imagination, la créativité ne sont pas au rendez-vous. »  Comment faire en sorte qu’enfants et adolescents aient envie d’apprendre ? Comment réactiver les moteurs de la motivation ? Et inventer une autre école à la hauteur des enjeux de demain ? Pour répondre à ces questions, les Apel ont convoqué des pédagogues, mais aussi des experts de tous bords ( Peter Gumbel, François Taddei, Florence Rizzo…), de plus en plus nombreux à faire entendre leur voix, et des acteurs de terrain qui veulent produire des changements. Car c’est sur la mobilisation de tous que mise l’association de parents. « On ne peut plus attendre des concertations sans fin, ces réformes empilées les unes sur les autres qu’on ne prend même pas le temps d’évaluer,  s’indigne Béatrice Barraud. À nous, parents, de dire : maintenant ça suffit ! »  

Les parents de l’Apel ne sont pas les seuls à donner ce coup de semonce. Depuis une dizaine d’années, diverses enquêtes – enquête Pisa, rapports du HCE – ont tiré la sonnette d’alarme face à la dégradation des performances des jeunes Français : montée de l’échec scolaire, lacunes dans la formation de base, nombre important de jeunes qui quittent le système scolaire sans diplôme. Ces « résultats sont inacceptables pour un pays comme la France »,  souligne Peter Gumbel, professeur à Sciences-Po, et auteur d’un essai virulent On achève bien les écoliers  (1). 

Et il ne s’agit pas, selon lui, uniquement d’une question de « niveau », ni de « nombre de professeurs », mais d’un mal français plus profond : « Une culture scolaire démotivante, qui pointe la faute au lieu de valoriser la réussite, et qui n’est absolument pas adaptée à la France de 2012. »  Ce journaliste anglophone, qui a beaucoup voyagé, dit en effet avoir été« effaré, comme tous ceux qui arrivent ici, par la violence du système à l’égard des enfants . Dans les autres pays, on comprend que la motivation et la confiance sont les deux moteurs essentiels d’un apprentissage réussi,dit-il.

En France cette idée n’est pas du tout ancrée dans le système. »   Il faudrait donc, selon lui, commencer par supprimer ces « instruments de torture pédagogique »  que sont le redoublement et le système de notation, et qui sapent la confiance et découragent. Signes d’inertie du système ? En dépit d’un rapport mis en ligne en 2005 sur le site du ministère de l’éducation nationale, intitulé « Le redoublement au cours de la scolarité obligatoire : nouvelles analyses, mêmes constats »  qui en dénonce les méfaits (il est « inefficace »,  « affecte négativement la motivation »,  etc.), le redoublement continue à être pratiqué. Quant au système de notation « à la française » , il dévalorise les « mauvais » élèves et les empêche de progresser.

« Remotiver les enfants, c’est déjà arrêter de les démotiver ! »,  renchérit Florence Rizzo, 30 ans, responsable de l’initiative « empathie » d’Ashoka sur les compétences émotionnelles. « Les enfants sont naturellement curieux, posent mille questions. L’enjeu est de les aider à trouver des réponses dans un environnement d’apprentissage basé sur la confiance, le droit à l’erreur, l’écoute de l’autre. »  

L’enjeu est aussi d’identifier les talents de chacun, de les développer, de les encourager. « Il faudrait valoriser toutes les compétences et les connaissances, et pas simplement le français et les maths, insuffisants pour le monde de demain »,  ajoute-t-elle. Les travaux de Howard Gardner sur les intelligences multiples ne sont pas pris en compte ; on ne cultive qu’une partie de nos capacités cérébrales, essentiellement logiques. « Les autres formes d’intelligence ne sont ni reconnues ni développées : la créativité, la capacité à créer des liens entre les disciplines, les capacités émotionnelles, le savoir être et le savoir vivre ensemble, dont on aura de plus en plus besoin dans la société de demain. »  Car il s’agit aussi de préparer les enfants à devenir des citoyens actifs, créatifs, entreprenants…

Cette refonte nécessaire du système oblige à repenser le rôle des enseignants. Tous les spécialistes s’accordent sur l’urgence de mettre en place une formation pédagogique musclée, qui prenne en compte toutes les recherches internationales effectuées dans ce domaine, restées souvent lettres mortes. « Il faudrait leur permettre aussi d’être formés différemment,  estime Florence Rizzo, car il n’est pas sain que les profs ne soient jamais sortis du système éducatif. Il est important qu’ils puissent eux aussi s’épanouir et développer leur plein potentiel. »  

Les nouvelles technologies risquent enfin d’entraîner des changements dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Le rapport Fourgous, remis en février au ministère – « Apprendre à l’ère du numérique »  – ouvre une boîte de Pandore. Car il ne s’agit pas uniquement de savoir comment intégrer ces nouveaux outils, ni de laisser les écrans « envahir » l’école. Mais de répondre aux questions inédites que la révolution numérique soulève. 

Alors que les connaissances du monde sont désormais à la disposition de tous, que d’éminents professeurs mettent leurs cours en ligne, que se créent des plates-formes de partages de savoirs, qu’apporte de plus la « présence » de l’enseignant ? Si chacun peut apprendre n’importe quoi n’importe où, quel rôle doit jouer l’école que ne peut jouer la famille ? Béatrice Barraud fonde aussi ses espoirs sur ces nouvelles technologies.« Elles arrivent à point nommé,  dit-elle, alors que le système est à bout de souffle. Elles vont créer une nouvelle dynamique, contraindre l’école, qui en est encore au tableau noir, à évoluer dans un sens forcément positif. Nous sommes tous au pied du mur, obligés d’imaginer autre chose… »  

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 UN CONGRÈS NATIONAL

Le congrès national de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel),   « Heureux à l’école, une idée folle ? Inventons l’école de demain », se déroulera les 1er , 2 et 3 juin au Polydome de Clermont-Ferrand.

Au programme :  des conférences, tables rondes, forums thématiques, animés par des spécialistes et des acteurs de terrain, exploreront pistes et idées nouvelles pour redonner aux jeunes le goût d’apprendre et construire l’école de demain.

Des soirées-débats entre parents et enseignants  ont eu lieu pendant l’année dans de nombreux établissements scolaires, pour réfléchir sur ce sujet.

L’Apel, association apolitique et non confessionnelle,  représente tous les parents d’élèves des établissements catholiques d’enseignement associés par contrat à l’État. Elle compte 823 000 familles adhérentes.

Service d’information et de conseil aux familles,  plate-forme téléphonique nationale : 0810.255.255.
Site Internet :   www.apel.fr

(1) Édition. Grasset, On achève bien les écoliers  , 176 p., 10 €.

CHRISTINE LEGRAND pour le journal La Croix du 30 05 2012