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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

Un Pèlerinage intérieur


 

 

         
 

En ce temps ordinaire après l’Epiphanie, alors que nous nous acheminons tranquillement vers le Carême, nous sommes invités, sous la conduite des Consacrés particulièrement à l’honneur en la fête de la Présentation du Seigneur, à poursuivre notre pèlerinage intérieur, le pèlerinage de la foi. N’est-ce pas la grande leçon que nous donnent les Mages venus d’Orient ? Versés dans l’astronomie et instruits sans doute, sinon de la Révélation faite au peuple d’Israël, au moins de la prophétie du prophète païen Balaam, rapportée au livre des Nombres – « Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nb 24, 17) –, ils discernèrent dans le mouvement inaccoutumé des astres l’avènement d’un « Roi des juifs », assez puissant pour remettre de l’ordre dans le chaos du monde. Guidés par l’étoile, ils se mirent en route, décidés à mettre leurs idées de réforme, leur soif de justice et leurs richesses, au service de ce grand Roi qui, pour sûr, ne pourrait pas se passer d’eux. Non sans avoir été éclairés par les Saintes Ecritures, ils furent conduits par l’étoile jusqu’à l’Enfant pauvre de la crèche : « Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère », et, contre toute attente et toute raison, « tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » (Mt 2, 11), le reconnaissant pour leur Roi, leur Dieu et leur Sauveur, en lui offrant l’or, l’encens et la myrrhe. Ils comprirent que Jésus n’avait pas d’abord besoin de leurs idées de réforme, ni de leur savoir-faire, ni de leurs richesses, mais, à travers ce geste inouï de la prostration, ils remirent toute leur vie entre ses mains : c’est alors que commença leur pèlerinage intérieur, c’est-à-dire leur conversion, comme retournement du cœur et changement profond de mentalité. La tradition rapporte qu’en repartant dans leur pays, ils annoncèrent cette bonne nouvelle jusqu’au témoignage suprême du martyre.


Face aux désordres du monde, marqués par la violence et l’injustice, et à la « fatigue de croire » qui caractérise nos Eglises de vieille chrétienté, nous pourrions être tentés nous aussi de mettre en avant nos grandes idées de réforme de l’Eglise et du monde. Ne sommes-nous pas plutôt invités à « entrer dans l’Eglise », sans nous étonner de ne pas y trouver de grandes idées, de grands plans de réforme ni de puissants moyens, mais Jésus seul qui s’offre à nous, enveloppé non plus de langes, mais d’une Parole proclamée sans artifices littéraires pour attirer et séduire les hommes, mieux : enveloppé dans les apparences du pain consacré, couché, non plus dans une mangeoire, mais sur l’autel de nos messes appelé à devenir la table du festin des noces de l’Agneau où nous pouvons réparer nos forces. Nous aussi, en tombant à genoux, nous nous offrirons tout entiers à son service.


En revenant sur son voyage en Allemagne, le pays d’origine de la Réforme, le Pape Benoît XVI confiait : « Qu’est-ce qu’une réforme de l’Eglise ? Comment arrive-t-elle ? Quels sont ses chemins et ses objectifs ? […] Le centre de la crise de l’Eglise en Europe – comme je l’ai dit à Fribourg – est la crise de la foi. Si nous ne trouvons pas une réponse à celle-ci, si la foi ne retrouve pas une nouvelle vitalité, en devenant une conviction profonde et une force réelle grâce à la rencontre de Jésus-Christ, toutes les autres réformes resteront inefficaces ». Parmi les éléments qu’il retenait de l’expérience des JMJ de Madrid, qu’il considère comme « un remède contre la fatigue de croire », le Saint-Père retenait l’adoration, où « la raison, la volonté et le cœur s’ouvrent à Lui et à partir de Lui », et le sacrement de Réconciliation, à même de réveiller en nous les forces morales et spirituelles dont nous avons besoin pour accéder à la vraie liberté.


+ Mgr Marc AILLET,
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.