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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

photo mgr Dupleix Mgr André Dupleix

Recteur honoraire de l'I.C. de Toulouse
Professeur à l'Institut Catholique de Paris


14/ Paradoxe de la croix

 

Comment comprendre que la croix sur laquelle meurt Jésus soit non seulement le signe majeur de ralliement du christianisme, mais une sorte de point focal de la Révélation de Dieu à l'humanité ?

 

La mort de Jésus n'a jamais été occultée. L'importance en longueur des récits de la passion dans les évangiles le montre bien. On peut dire que dans ces récits tous les points forts de l'amour enseigné et vécu par le Christ sont présents sous forme de concentration dramatique.

 

La croix devient une parole, un langage de Dieu, mais une parole folle et paradoxale, une parole lumineuse et glorieuse au fond du désespoir. Saint Paul affirme que « le langage de la croix est foliepour ceux qui se perdent mais pour ceux qui sont en train d'être sauvés, elle est puissance de Dieu »  (1 Co 1,18). Le lieu de la rupture devient expression de la force de Dieu. Le lieu de l'incompréhension devient celui de la nouvelle connaissance.

 

La croix est totale manifestation de Dieu dans l'imprévisible et la liberté de son dessein universel. Elle conduit à un changement radical et à une inversion de nos références. Elle devient signe de croissance par le rapport inattendu qu'elle introduit entre l'amour créateur et le détachement, entre l'énergie et l'abandon de soi. Elle devient signe de non-violence en plein cœur d’une violence affrontée par l'amour.

 

La croix traduit la prise en compte par Dieu des souffrances  du monde. Elle est le signe d'un Dieu prochedes hommes à l'instant où ils terrassés par l’épreuve,  torturés ou méprisés. Elle est pour les mourants le gage de l'étroite correspondance entre la fin et le commencement. Pour les opprimés, elle détruit le règne insupportable des puissances d'argent et des pouvoirs égoïstes.

 

Dans les fractures et les écartèlements de l'histoire, elle exprime une paradoxale permanence de l'amour. Au point et au sommet où elle se dresse, sève restée brûlante dans un bois mort, elle est un cri de Dieu vers l'humanité. Saint Augustin le dit à sa manière :

 

Venez, vous les pauvres, vous êtes invités par le pauvre...

Venez, vous les malades, il est le médecin...

Venez, vous les infirmes, il est celui qui relève...

Venez, vous les aveugles, il est la lumière... »