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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

photo mgr Dupleix Mgr André Dupleix

Recteur honoraire de l'I.C. de Toulouse
Professeur à l'Institut Catholique de Paris

 

19/ Un temps pour chaque chose

 

Nous sommes souvent entraînés au rythme des événements, inexorablement poussés vers l’avant, constamment sollicités pour dire le maximum de choses dans le minimum de temps et pressés d’être évidemment toujours meilleurs le lendemain que la veille.

 

Certes, il y a de temps en temps des ruptures dans cette logique infernale suffisamment bien huilée pour fonctionner sans trop de risques. Il y a ces moments où l’on « se plante » tout simplement. Vous me direz qu’il vaut mieux le faire d’un seul coup que progressivement, car le choc brutal est souvent une meilleure thérapie qu’une somnolente et irréversible dérive.

 

Alors, on se prend à rêver d’un autre type de fécondité. Celle où notre rapport aux personnes et aux choses se définit plutôt par l’attention qu’on leur accorde, et qui ne peut s’accommoder ni d’une agitation constante ni d’un survol superficiel, souvent camouflé en prétendue hauteur de vue. Nous gagnerions à tirer leçon du travail des artistes qui savent bien qu’aucune création ne se fait à la hâte, sauf si la plume ou le clavier sont le relais d’une longue et silencieuse préparation.

 

C’est une tension de plus en plus exacerbée entre l’agenda, les voyages, les prestations diverses, les rendez-vous et l’exigence intérieure de calme, de silence et de réflexion sans lesquels notre vie ressemble vite à un perpétuel copié/collé, tentation que connaissent bien les pratiquants de l’informatique.

 

Je relis volontiers le sage livre biblique de l’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour tout et un temps pour chaque chose sous le ciel, un temps pour engendrer et un temps pour mourir, en temps pour planter et un temps pour arracher, un temps pour se taire et un temps pour parler. Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? » (Qo 3,1-9). Etant par nature aux antipodes du pessimisme, je me garde d’interpréter ces lignes négativement. J’y vois plutôt une belle lucidité que l’Evangile confirme en nous rappelant que notre grandeur ne se mesure pas à l’aune de la productivité mondaine… « Quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Lc 9,25).

 

Point trop n’en faut autour pour goûter l’infiniment simple …