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Publié par Doyenné Pau-Périphérie

LECTURE D’IMAGE : MOÏSE REÇOIT LES TABLES DE LA LOI

La Loi de Dieu, chemin de vie
Au cœur de l’Ancien Testament, il y a les dix paroles de vie transmises par Dieu à Moïse sur l’Horeb. Elles définissent un mode de vie valable pour les croyants de tous les temps parce qu’elles mettent Dieu à la première place et qu’elles affirment qu’il n’y a pas de foi en Dieu sans amour du prochain. Par ce code, Dieu offre aux hommes de bonne volonté le moyen de vivre dans son Alliance et de devenir une nation sainte.

Lecture d’image sur Marc Chagall : Moïse recevant les tables de la Loi
Musée national Message Biblique, Marc Chagall, Nice

Source de l’image : www.photo.rmn.fr

Lisons ou écoutons le livre de l’Exode au chapitre 20, versets 1 à 17 (ce texte de l’Exode est la première lecture du 3ème dimanche de Carême) :

Tu n’auras pas d’autres dieux que moi.

Tu ne feras aucune idole, aucune image de ce qui est là-haut dans

les cieux, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre.

Tu ne te prosterneras pas devant ces images, pour leur rendre un culte.

Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu pour le mal, car le
Seigneur ne laissera pas impuni celui qui invoque son nom pour le mal.

Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours

tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos,

sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils,

ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui réside dans ta ville.

Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent,

mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat

et l’a consacré.

Tu ne commettras pas de meurtre.

Tu ne commettras pas d’adultère.

Tu ne commettras pas de vol.

Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.

Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la
femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne :

rien de ce qui lui appartient. »

Exode 20, 1-4 7-17


Libérés par Dieu de la servitude de l’Égypte, les Hébreux qui ont survécu dans le désert grâce à sa protection, reçoivent de Lui un code de vie qui met l’Alliance au centre de leur existence et leur donne des lois fondamentales pour régler leur vie communautaire.
Noter l’actualité de ces paroles de vie qui restent valables pour tous les croyants : la vie de foi ne va pas sans fraternité et justice entre les hommes.

 

Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’assembla autour d’Aaron, et lui dit : Allons ! fais-nous un dieu qui marche devant nous, car ce Moïse, cet homme qui nous a fait sortir du pays d’Égypte, nous ne savons ce qu’il est devenu."

Aaron leur dit : Otez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi. Et tous ôtèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles, et ils les apportèrent à Aaron. Il les reçut de leurs mains, jeta l’or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent : "Israël ! voici ton dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte.

Lorsqu’Aaron vit cela, il bâtit un autel devant lui, et il s’écria : Demain, il y aura fête en l’honneur de l’Éternel ! Le lendemain, ils se levèrent de bon matin, et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces. Le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir.

Exode 32, 1-6


- ● Quel sentiment fait naître chez les Hébreux l’absence de Dieu et deMoïse  ?
- ● La façon dont Chagall représente le peuple vous aide-t-elle à comprendre son comportement tel qu’il est décrit dans le texte ci-dessus ?
- ● Que veut signifier Aaron en réclamant les anneaux d’or qui ornent les oreilles des Hébreux ?
- ● Quel est le rôle d’Aaron en ces circonstances ?
- ● Quelle différence entre le respect du sabbat demandé dans le Décalogue et « la fête pour Yahvé » qui suit le culte rendu au veau d’or ?

Lire aussi Mt 22, 35-40

Lecture d’image
● Tracez les diagonales et les lignes de forces. Que vous révèlent-elles ? Comment se combinent-elles avec le format carré de la toile ?
● Quel effet provoque l’absence de lignes horizontales ?
● Que suggèrent le choix des couleurs et leur répartition sur la toile ? 
● Que suggère l’effet de masse formé par le peuple dans la partie gauche du tableau ?
● Identifiez les personnages secondaires placés à droite de la toile. Quel est le sens de leur présence ?
● Notez quels sont les objets emblématiques ? Que signifie leur présence ?


De format carré, format qui suscite un sentiment de stabilité, l’œuvre deChagall est construite sur deux lignes perpendiculaires formées par le corps de Moïse et par la crête de la montagne du Sinaï. Mais ces deux lignes sont légèrement décalées par rapport aux diagonales de la toile. Ce décalage introduit un léger déséquilibre dans la composition qui rend plus évident l’élan de Moïse vers Dieu. Il suggère aussi la position instable du patriarche qui semble quitter le sol sur lequel il était agenouillé et être comme aspiré vers le ciel.

Ce mouvement met l’accent sur l’échange qui a lieu entre Dieu et Moïse  : Dieu suscite l’élan de Moïse Moïse répond à l’appel de Dieu, Dieu donne sa Loi, Moïse offre sa foi, Moïse confie son peuple à Dieu, Dieu confie sa parole de vie à Moïse pour le bonheur de ce peuple.

La grande silhouette du prophète forme un grand pont entre la terre et le ciel : Moïse est l’intermédiaire par lequel Dieu passe pour constituer son peuple en une nation sainte, il devient par le biais de l’interprétation personnelle de Chagall un signe de l’Alliance déjà offerte à Noé et à Abraham et dont la portée s’élargit toujours plus généreusement à chaque renouvellement depuis la famille du vieux patriarche sauvée du déluge jusqu’au peuple hébreux emporté dans la tourmente de l’Exode.


Conformément aux exigences de la religion juive, Dieu n’est représenté que par ses deux mains sortant de la nuée grise et blanche. Des ailes à peine esquissées dans la nuée suggèrent peut être le chœur des anges qui chantent en permanence sa louange.
Le corps immense de Moïse porte la marque des épreuves rencontrées depuis la sortie d’Égypte. Ses épaules sont voûtées, toute sa silhouette n’est que creux et bosses. Peinte dans les mêmes tonalités de gris et de blanc que les rochers du Sinaï, sa robe blanche porte toute la poussière du désert, mais cette couleur de pierre, qui est aussi celle des deux tables de pierre, dit surtout que la foi de Moïse est solide comme le roc et qu’il vit déjà des paroles qui lui sont remises.


Le visage du vieil homme est marqué par la fatigue et sa bouche ouverte semble dire sa lassitude de tirer derrière lui ce peuple difficile : « Pourquoi traiter si mal ton serviteur ? Pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux ? Pourquoi m’as-tu imposé le fardeau de tout ce peuple ? […]Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple : c’est un fardeau trop lourd pour moi. » (Nb 11, 11 et 14). Mais son regard dirigé vers la nuée et ses mains largement ouvertes répondent avec ferveur à l’appel de Dieu : Moïse , le serviteur fidèle, est celui à qui Dieu parle face à face (Nb 12, 8) aussi sa tête rayonne-t-elle de la gloire divine qui repose sur lui comme une couronne.


La montagne escarpée et aride sur laquelle a lieu la rencontre, coupe l’espace et établit une frontière infranchissable entre Dieu et le peuple relégué dans le coin en bas à gauche, loin de l’apparitiondivine, car c’est un peuple infidèle comme en témoigne le veau d’or qui le surmonte et autour duquel seuls quelques hommes dansent encore.


Les hommes, les femmes et leurs enfants sont rassemblés en une masse compacte de couleur rouge qui semble s’agiter et manifester angoisse et interrogation. Certains montrent le ciel, l’un d’entre eux son bagage sur le dos s’apprête à reprendre la route sans attendre. Mais de fête il n’y a pas : aucun ne manifeste de joie. Ils sont rassemblés à cause d’une absence qui les inquiète et qu’ils ont voulu combler par une idole. Ils n’ont pas véritablement écouté les paroles de Yahvé que Moïse leur avait rapportées, tout encombrés qu’ils étaient de leurs exigences matérielles et de leurs richesses. Ils murmurent contre l’absence deMoïse , mais leurs paroles sont confuses comme leurs mouvements sont entravés par la peur qui les fait se serrer les uns contre les autres.

Chagall a peint leurs vêtements de couleur rouge car ils sont le peuple qui avait engagé sa foi après que Moïse eut offert un sacrifice de communion pour célébrer la conclusion de l’Alliance : «  Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. » (Ex 24, 6-8). Malgré leur infidélité les Hébreux restent un peuple saint car Dieu, lui, ne revient pas sur sa parole.

Chagall a introduit sur les bords de sa toile sa propre interprétation du texte biblique en respectant la mise en page des feuillets du Talmud [1] : au centre, le texte biblique, les commentaires autour de ce texte.
Dans la partie droite du tableau des personnages disposés les uns au dessus des autres sont tous solitaires et silencieux, ce sont des figures emblématiques. Après Moïse, ils jalonnent l’histoire de l’Alliance et en annoncent l’accomplissement en Jésus Christ.


Aaron, le premier dans la bas du tableau, est revêtu de l’habit du Grand Prêtre, fonction sacerdotale pour laquelle il a été consacré (Ex 28) : l’habit de pourpre violette, le pectoral d’or [2] et le turban. Il tient le grand chandelier à sept branches, la menorah  [3] , dont les cierges allumés sont le signe de la relation qui unit en permanence Dieu et son peuple. C’est la raison pour laquelle Chagall l’a placé à la frontière entre le ciel et la terre. 

Au dessus d’Aaron, voici Jérémie le prophète de l’exil à Babylone, assis, tournant symboliquement le dos à l’évènement du Sinaï, le menton reposant dans la main en signe de désolation. Il a choisi de se tenir à l’écart d’un peuple qui refuse encore d’entendre la parole de Dieu : "Jamais je ne me suis assis dans le cercle des moqueurs pour m’y divertir ; sous le poids de ta main, je me suis assis à l’écart parce que tu m’as rempli d’indignation." (Jr 21, 17). Dans la solitude, Jérémie s’est tourné vers la prière intérieure, mettant la Torah au cœur de sa vie quotidienne. Il annoncera la Nouvelle Alliance (Jr 31, 31, 33)

L’ange du Seigneur qui porte à Jérémie le rouleau de la Torah symbolise la proximité de Dieu qui n’abandonne pas son prophète dans la détresse.


Juste au dessus de Jérémie, un couple et son enfant symbolisent le peuple juif perpétuellement sur les routes de l’Exode.


Puis vient le roi David assis sur un trône et tenant la lyre dont la musique accompagne les psaumes dont il est l’auteur. Lui aussi tourne le dos à l’évènement du Sinaï. Il est le roi choisi par Dieu (1Ch 17, 7). A travers ses psaumes, il chante la Loi source de bonheur (Ps 1), la Loi qu’il faut garder, serrer sur son cœur car elle nous vivifie (Ps 119), la Loi éternelle et immuable (Ps 148, 6) Dieu lui donnera une maison, une descendance (2 Sam 7,12-16) d’où sera issu, un «  fils de David  » qui sera le Messie. Sur la toile de ChagallDavid est donc délibérément tourné vers l’avenir, un avenir qui verra la Loi non pas abolie, mais accomplie par Jésus le Christ et c’est pour cette raison qu’une partie son corps est hors champ.


Enfin, tout en haut, inclus dans la nuée, les juifs ayant subi les pogroms ou martyrisés pendant deuxième guerre mondiale. L’un d’entre eux tient encore un balluchon sur l’épaule, mais leur exode douloureux a pris fin. Chagall en leur faisant place dans sa peinture les a introduits auprès de Dieu parce que leurs épreuves, leur martyre, en ont fait des Justes et qu’ils ne doivent pas être oubliés.


Tout en bas, sur la droite, un personnage semble entrer subrepticement dans la toile : c’est Chagall lui-même qui, par ce clin d’œil, affirme sa foi juive et introduit son talmud personnel dans les textes de l’Exode et du Deutéronome qui relatent l’épisode des tables de la Loi. 
Avec ses pinceaux et ses couleurs Chagall a voulu raconter "l’histoire sainte et douloureuse de son peuple, en gardant vive l’espérance qui était celle de Moïse !"


Les amoureux qui s’envolent dans le coin en haut à gauche, comme les isbas russes disséminées dans la lumière or du ciel sacralisé par la présence de Dieu, sont la traduction poétique de cette espérance.


Pour aller plus loin : Regarder Jésus Christ, pour lire la Parole de Dieu
Ségolène Benoit
Le Sénevé / CERP 23,90€

[1Mot hébreu signifiant "enseignement". Le Talmud rassemble les codes et les enseignements qui réglementent la vie religieuse des juifs.

[2Le pectoral était porté sur la poitrine par le grand prêtre. il était serti de douze pierres précieuses et semi-précieuses gravées des noms des douze fils de Jacob, qui sont à l’origine des douze tribus d’Israël. Dieu en avait prescrit la fabrication à Moïse, ainsi que tous les autres vêtements sacerdotaux.

[3Chandelier en or à sept branches présent dans le Temple. il devait resté allumé en permanence car sa lumière était présence de Dieu et symbolisait la perfection. Dans l’Apocalypse, les chandeliers à sept branches sont le symbole des sept Églises d’Asie.

Source : diocèse de Paris : http://www.cateparis.com/