Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Publié par Doyenné Pau-Périphérie

Le combat en tentation
Nos réactions face à la tentation 
En méditant cette semaine le livre du prophète Daniel, j’ai été frappé de voir la longue prière d’Azarias alors qu’il est au milieu du feu dans lequel le roi les a jetés lui et deux autres israëlites parce qu’ils refusaient d’abandonner le Seigneur.
Cette image du feu m’a fait penser à certains jours de tentation où nous nous trouvons comme environner de flammes et presser de toutes parts. La tentation nous assiège telle un feu dévorant et veut nous entraîner dans son brasier.
Souvent nous réagissons de trois manières : celle du champion, celle du défaitiste, celle de l’hébété.
Celle du champion consiste à s’armer de courage, à retrousser les manches et à se persuader que, cette fois-ci, je ne me ferais pas avoir. Cette résistance avec mes propres forces est épuisante et je me retrouve battu à plate couture, déçu de moi-même et de moins en moins combattant.
La manière du défaitiste est commandée par la peur dés que la tentation montre le bout de son nez. Je sais bien comment cela se passe d’habitude. J’ai beau chassé ces idées, ces attirances de mon esprit, elles reviennent comme des escadrons à l’assaut ; la peur me fait perdre courage et je m’abandonne lamentablement jusqu’au dégoût de moi.
L’hébété est celui qui se trouve surpris d’être ainsi tenté : comment moi, à mon âge, avec ce que je sais, ce que j’ai vécu je me retrouve ainsi dans ce genre de filet ! Moi qui croyais être maître de moi, bien dans ma tête et dans mon corps me voilà en situation d’épreuve ! Et l’hébété va vite devenir un champion ou un défaitiste…
Azarias s’y prend bien autrement ; au coeur de la tentation, il se tourne vers Dieu qui seul peut le délivrer. Il n’a aucune prétention à être le plus fort, il ne part pas battu d’avance. Il croit en la tendresse de Dieu qui veut sa vie. “Au milieu du feu, ouvrant la bouche, il dit : À cause de ton nom, ne nous livre pas pour toujours et ne romps pas ton alliance.” (Daniel 3, 34) Ce qu’il nous apprend c’est de nous tourner vers Dieu au cœur même de la tentation.
Ainsi fait le Christ dans le désert. Aux trois tentations symboliques de toutes les tentations humaines, il met la parole du Père au centre de sa vie. Devant la tentation de tout mettre à son service, devant la teintaient d’utiliser Dieu pour sa propre gloire, devant la tentation de la super puissance, une seule chose compte : être le fils bien-aimé. La libération est à ce prix.
Quand nous réalisons que nous sommes en tentation le psaume 24 peut venir à nos lèvres pour ouvrir ce chemin de liberté : “Seigneur, enseigne- moi tes voies, fais-moi connaître ta route. Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi, car tu es le Dieu qui me sauve. Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas, en raison de ta bonté, Seigneur.”

Jean Rouet

 Justice d’abord, miséricorde en option !  
« Il commence à me fatiguer notre Pape avec sa miséricorde et son accueil des réfugiés ! » me lance un ami, non sans quelque malicieuse provocation. « Miséricorde par-ci, miséricorde par- là, mais d’abord la justice ! » ajoute un autre, en citant la parabole des ouvriers de la dernière heure qui bénéficient des largesses du maître de la vigne. « Celui-ci », me fait-il remarquer, « a pris soin  de régler d’abord le salaire convenu avec les autres en toute justice, avant de manifester sa généreuse prodigalité ». Allons-y pour une joute de paraboles ! A mon tour, je cite celle dite du Père Prodigue qui ne demande pas au fils cadet de rembourser  d’abord sa dette (ce qui ne lui aurait pas rendu pour autant son identité filiale), mais court au-devant de lui et lui ouvre ses bras. Il ne prend pas d’abord sa calculette pour évaluer la perte subie en ajoutant, comme il se doit, les intérêts, mais il embrasse longuement celui qui vient avouer son regret et son remords. Il sait, le Père, que justice suivra, d’autant plus et d’autant mieux qu’elle sera le fait non d’un serviteur réembauché mais celle d’un fils retrouvé. Au-delà de ces images et de ces arguments, qui sommes-nous pour enfermer Dieu dans le concept humain d’une justice qui met tant de temps à peser le pour et le contre et qui laisse souvent les parties insatisfaites ? Qui sommes-nous pour appliquer à Dieu notre idée de la miséricorde toujours limitée, pas toujours gratuite et jamais garantie ? « Il faut misère pour avoir cœur…Que peuvent savoir de la miséricorde des matins, ceux dont les nuits ne furent jamais de tempêtes et d’angoisses ? » nous dit le Père Paul Baudiquey dans son admirable commentaire du tableau de Rembrandt. En effet, pour être soi-même en capacité d’accueillir la miséricorde, il n’y a pas d’autre chemin que celui de reconnaître sa propre misère.  François, notre Pape n’hésite pas à se dire pécheur en public. « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ! »

Jean Cazenave

A qui profite le gavage médiatique ?
Le Dimanche des rameaux une radio nationale distillait en boucle un florilège de chansons qui avaient pour objet la pédophilie des curés, le tout était agrémenté d’un commentaire perfide laissant la paternité des mots à quelques chanteurs de renom dont l’intouchable Trenet ! Quelques jours auparavant, la meute des média descendue à Lourdes guettait le Cardinal Barbarin accusé d’avoir « couvert » un prêtre  coupable et jugé. Suite aux déclarations de l’Archevêque de Lyon, la ministre de l’Education Nationale rappelait comme par hasard, le soir même, la radiation de quelques uns de ces administrés pédophiles. Le Premier Ministre achevait la tâche en demandant au citoyen Barbarin de prendre ses responsabilités. Dans la même semaine, les trois journaux locaux faisaient un titre sur les agissements répréhensibles d’un professeur sur des enfants en taisant son nom mais en soulignant que lui-même avait été victime, quelques années auparavant, d’un prêtre dont on rappelait complaisamment le patronyme. Enfin, la Télévision nous présentait une séquence sur les Orphelins Apprentis d’Auteuil dont l’Institution fêtait ses 150 ans et, certainement au nom de la laïcité mais au détriment de l’équité, se gardait bien de révéler qu’un prêtre était à l’origine de cette œuvre. Entendons nous bien. Si faute il y a, quel que soit l’auteur, elle exige jugement et sanction. Ce que je veux dénoncer c’est l’effet instrumentalisation, accumulation, insinuation des commentaires. D’ailleurs, depuis l’arrestation du terroriste du Bataclan, sans parler de la tragédie actuelle de Bruxelles, les curés pédophiles ont disparu par enchantement des écrans. Pire, les victimes  sont muettes. Silence radio provisoire!
Faut-il renoncer à son abonnement ou à sa redevance en regrettant que l’information se réduise de plus en plus à une communication réussie et le beau métier de journaliste à celui des éboueurs (tout aussi utile par ailleurs)? Ne nous y trompons pas, ce n’est pas en accablant une institution particulière et en chargeant l’Eglise du rôle du bouc émissaire que l’on va sortir notre pays du sentiment trop répandu du  « tous pourris ». Qui sème l’accusation au conditionnel pourrait récolter la violence au présent!
Faut-il entrer dans le Samedi noir et se taire  devant le tombeau définitivement scellé de l’Eglise ?
Que l’on me permette simplement de rappeler que les chrétiens se sont toujours considérés comme un peuple de pécheurs . Ont-ils besoin que les nouveaux inquisiteurs le leur rappellent avec autant d’acharnement, alors qu’ils commencent toutes leurs assemblées dominicales par reconnaître leur péché devant le crucifié ? J’attends que le conseil des ministres, les séances du parlement, les sessions des tribunaux de France et autres instances de décision débutent  par un confiteor…A suggérer aux nombreux candidats à la « Présidentielle » qui battent allègrement la coulpe… des autres.

Jean Casenave

Parole                   
« Paroles, paroles… » chantait Dalida, naguère, sur un air bien… désenchanté ! « Toute parole est lassante ! Personne ne peut dire que l’œil n’est pas rassasié de voir, et l’oreille saturée par ce qu’elle a entendu » déclarait également Qohelet, le sage biblique.  Lequel d’entre nous, en particulier en période électorale, ne ressort-il pas gavé jusqu’à l’écœurement par la surproduction et la vacuité des discours attrape voix ? Qui n’est pas dégoûté de ces commentaires inutiles qui n’ont d’autre but que d’occuper le temps d’antenne ? Le comble du ridicule est atteint par ces journalistes qui se congratulent entre eux par  un « merci de ces précisions », alors qu’ils viennent de passer trois minutes à entendre leur envoyé spécial répéter « qu’il était encore trop tôt pour donner les détails attendus ». Que dire, enfin, de cette chape cacophonique qui nous recouvre d’une glue collante de mots inutiles formant de gigantesques bouchons sur les ondes de nos réseaux numérisés ?
La parole humaine n’est que répétition, bavardage, écho mille fois répercuté, parfois échoué sur une feuille blanche qui, elle, plongera à son tour au fond d’une corbeille. Combien de paroles soi-disant décisives ont ponctué des débats houleux ! Combien de formules assassines ont cru abattre l’adversaire ! Comment donc se fait-il que l’on parle encore si la parole ne dit rien et n’engendre que d’autres mots et cela à l’infini ? 
Il n’y a pas de parole réellement créatrice, pas plus que des actes. Tout n’est que prolongement des deux seules paroles : celle de la création de toutes choses et celle du matin de Pâques. La première fait jaillir l’être du néant, l’autre, la Vie de la mort. La parole biblique est à la fois parole et acte. « Il dit et cela fut ». Le Christ s’est fait reconnaître comme incarnation parfaite de la Parole divine initiale et c’est à cause de cela que la mort n’a pas pu étouffer le Verbe.
Tout autre parole, tout autre acte n’est que réplique à l’infini de ces deux irruptions premières.
 
Cette constatation devrait nous dégoûter à jamais de parler et sceller pour toujours  nos lèvres dans le silence. Il n’en est rien. Car si notre parole humaine ne peut que constater encore plus  sa vanité et son inconsistance face à la parole divine, elle puise aussi en elle toute sa grandeur et sa valeur. Elle n’est que poussière de mots mais chacun d’eux est reflet, même déformé, de la Parole divine. Ceci devrait à la fois nous rendre assurance et audace pour parler et en même temps, nous rendre très précautionneux, très économes de paroles. Si chacune est vraiment l’écho assourdi et ténu de la Parole originelle créatrice, nous devrions, comme Isaïe, passer sur nos lèvres le charbon brûlant, avant de nous adresser à l’autre. C’est à ce prix que nous verrons s’allumer chez lui un buisson ardent et que notre conversation pourra se faire présence réelle et réciproque. Il nous arrive, rarement certes, de faire une telle expérience ; elle nous laisse un sentiment de profonde et de fragile plénitude. « Car là où deux se disent l’un à l’autre en vérité, nous sommes trois ; Je suis là, au milieu d’eux » pourrait alors, dire Dieu.


Pieux et fervents fidèles des TIC.(Techniques de l’information et de la communication)
Lisez l’ouvrage de Thierry Venin sociologue à Pau : « Vers un monde meilleur ? Survivre  dans la société numérique ». Après avoir mené force enquêtes, l’auteur brosse un portrait édifiant du monde du travail qui se profile à court terme. De plus en plus bridés par la « laisse numérique » des écrans digitaux nous ne connaîtrons aucun répit. Au rythme imposé par les TIC nous serons atteints « d’infobésité » précoce et le « burn-out » généralisé sera garanti aux nouveaux serfs branchés. Si vous pensez que ces perspectives sont exagérées ouvrez donc le livre de Bertrand Vergely « La tentation de l’homme Dieu ». Prenant le lecteur à témoin, le philosophe décrypte les intentions de ceux qui, aujourd’hui, nous font miroiter l’avenir radieux de l’homme réparé et connecté à l’infini, enfin affranchi du mur de la mort. Il n’a aucun mal à débusquer la vaste entreprise commerciale qui se cache sous le nouveau credo du  « transhumanisme » triomphant. L’histoire biblique de la tour de Babel « relookée » par les arguments techniques et philosophiques actuels revient en force !
Si ces deux lectures ne vous rassurent guère, écoutez Jean Claude Guillebaud vous dire « Je n’ai plus peur ». Au terme d’une pudique confession publique, l’essayiste, qui ne craint pas de dénoncer, lui aussi, la perversité d’une communication qui « travestit la vérité pour la rendre convaincante », nous livre quelques uns des repères qui lui permettent aujourd’hui « d’habiter son âge » et de rester encore vivant. Ses contemporains septuagénaires apprécieront.
Si Jean Claude Guillebaud ne suffit pas à votre bonheur, délectez-vous des simples choses de la vie avec Christian Bobin dans « Ressusciter ». « Le diable », nous dit-il « raffole de l’électronique » et la dictature de l’informatique règne sur l’enfer. Cependant, l’oiseau, la fleur, les branches du tilleul, le « vase rempli de rose jaunes », la tourterelle et les bourgeons chantent l’espérance au cœur du poète et cela lui suffit pour respirer un parfum de ciel…

Jean Casenave

Palmes
Curieux équipage que celui de ce prophète juché sur un âne, acclamé par la foule. Rien à voir avec le « triomphe » des généraux romains qui, de retour de la guerre, exhibaient leurs trophées et  traînaient la horde bigarrée des prisonniers promis au marché des esclaves. Vae victis ! D’après Zacharie, l’un des derniers prophètes, le messie devait se montrer sur une telle monture pour inaugurer un règne de paix. Chars et chevaux de guerre devenaient alors inutiles. Un autre détail signalé par trois évangiles a pris postérieurement une grande importance : les branchages agités au passage de Jésus. Jean précise même qu’il s’agit de rameaux d’oliviers. Ils ont donné du fil à retordre à bien des exégètes qui se sont étonnés de cette incongruité. On ne coupe pas des branches fructifères au printemps si, du moins, l’entrée à Jérusalem précédait de peu la date de la célébration de la Pâque . Il a fallu étudier de plus près les calendriers évangéliques pour comprendre que cette datation était une présentation raccourcie de la condamnation de Jésus, résumée en une semaine, à l’usage des premiers chrétiens qui venaient en pèlerinage à Jérusalem. Cette allusion aux branchages correspondrait plutôt à une pratique juive de la fête des tentes où l’on construisait des cabanes en palmes au moment des récoltes d’automne. Quoiqu’il en soit, la fête des rameaux a survécu à toutes les exégèses. Elle nous prépare à accueillir la Résurrection avant d’entrer dans la Passion du Christ.
Les uns y verront le symbole de l’irrésistible force du printemps  qui triomphe de tous les hivers ; les autres s’attacheront au signe de la bénédiction qu’ils répandront dans les maisons ; d’autres encore accrocheront le brin vert au crucifix familial pour se souvenir de ceci : si la croix est potence de mort, elle est aussi arbre de vie du jardin de la création nouvelle. « Puérilités entretenues par les religions », « derniers relents d’une mentalité magique » protesteront les censeurs éclairés. Et pourquoi pas, simplement, humbles passerelles vers le Divin... Hosanna ! 

Jean Casenave