"Il est vraiment ressuscité ...
« Il est vraiment ressuscité… et nous sommes déjà ressuscités avec lui »…
« Il en a sauvé d’autres … et il ne peut pas se sauver lui-même » avaient raillé les « religieux » au pied de la croix
« L’affaire Jésus » paraissait définitivement close, un certain vendredi soir, vers 18 h. Il était bien mort, avec le coup, dit « de grâce », le cœur transpercé par la lance. Dieu, dont se réclamait le crucifié, ne s’était pas manifesté. Sur le corps déposé dans le tombeau, on avait roulé une lourde pierre. L’action fut rondement conduite, sans remous, avec une redoutable efficacité… Seule, la présence de quelques femmes proches de lui avait été signalée. Mais cela n’était d’aucune importance…
Ces femmes, impuissantes, ne représentaient rien… Sauf que, dans la tourmente d’une violence raisonnée et meurtrière, leur présence aimante, leur proximité de cœur avec l’innocent condamné exprimait l’humanité la plus profonde. Celle qui empêche de se décourager définitivement de l’homme dans tous les craquements de l’histoire. Elles avaient été rendues pleinement à elles-mêmes par l’accueil, le respect, l’espérance, l’amour que leur avait offert celui qui était maintenant crucifié. Il avait libéré en elles une prodigieuse capacité à aimer manifestée alors en « compassion ».
Dans l’élan de leur fidélité aimante, aux premières lueurs du premier jour de la semaine, elles s’entraînent les unes les autres pour accomplir à l’égard de Jésus les derniers gestes possibles d’affection : embaumer son corps. Essayer de garder le plus longtemps possible quelque chose de la personne aimée désormais absente.
Elles ne savent pas qu’elles entrent les premières dans la lumière naissante et joyeuse du premier jour de la nouvelle Création. Car l’«inattendu » absolu, l’ « impossible » se réalise. Celui qu’elles cherchent à la tombe n’y est plus. Il est « Ressuscité ! Vivant » ! Les voici, encore les premières chargées de porter aux amis moins courageux le rendez-vous que le Vivant leur propose en Galilée, pour qu’ils portent au monde entier la bouleversante Bonne Nouvelle. Devant l’incroyable advenu, elles sont saisies de panique. La peur, qu’elles ont dominé et vaincue ou peut-être même non ressentie devant la folie des hommes, les étreint devant le fait qui fait éclater toutes les expériences, sagesses et espérances humaines. Elles sont devant l’imprévu radical, même s’il était annoncé dans les Ecritures, la nouveauté que nul n’attend. La Vie pleinement éclose à travers et au bout du don total de soi.
Les disciples, enfin alertés, courent à la tombe. Ils y trouvent le linceul et la mentonnière qui enveloppaient le corps à leur place, mais comme une coque vide. Le « corps » n’y est plus. « Jésus s’est relevé d’entre les morts ». Le corps qui, sur la croix, criait l’amour de Dieu pour l’humanité et s’abandonnait à ce même Père en notre nom à tous est entré dans un accomplissement dont nous ne pouvons que pressentir la richesse de vie.. Sa découverte, et la participation qui nous en sera offerte, nous empliront d’émerveillement et de joie au-delà de toute espérance. Le corps a la vocation ultime d’être « parole d’amour », de l’amour qui se donne, accueille et exprime la communion, expression du plus intime de l’homme. Il sera, dans la résurrection, cette parole enfin parfaite pour la relation accomplie
Nous sommes déjà ressuscités avec lui ! Nous sommes le Corps du Christ, un avec le Ressuscité. La « Tête » a déjà fait le Passage pour l’ultime naissance à la Vie parfaite. Nous sommes en train de « passer » à sa suite. Aujourd’hui, nous avons à vivre le don jusqu’au bout, l’accueil, la communion avec tous les hommes. Dans le Christ, nous avons à travailler humblement, tenacement, dans le respect le plus grand de la liberté de nos frères, à instaurer entre tous une relation à sans cesse plus forte, celle qui unit entre elles les trois personnes divines et dans laquelle Jésus, le Vivant, nous a déjà introduit.
Témoigner aujourd’hui du Ressuscité, c’est accueillir son amour et le vivre les uns à l’égard des autres. « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres afin que le monde croie que le Père m’a envoyé ».
Si nous sommes vraiment fidèles à cette mission, nous apporterons la joie et la liberté du Christ à beaucoup, mais nous connaîtrons aussi l’incompréhension et la persécution. Celle-ci ne manquera pas et risquera d’être dure autour de la vérité de l’amour, donc de la « relation ». Elle ouvrira pourtant un avenir très riche. N’ayons pas peur. Christ est vivant. Il est avec nous. Aimons avec lui.